Anthropologie Culturelle

Les Amish :
une communauté hors du temps



















I) LES ORIGINES DES AMISH


On trouve les racines des Amish dans la communauté des Mennonites. Les deux appartiennent au mouvement des Anabaptistes qui remonte à l’époque de la Réforme. Les Anabaptistes croyaient que seuls les adultes devaient être baptisés car ils avaient conscience de leur acte et qu’ils devaient rester en marge de la société. Beaucoup d’Anabaptistes furent exterminés, considérés comme hérétiques par les Catholiques comme les Protestants et beaucoup allèrent se réfugier dans les montagnes suisses et au sud de l’Allemagne. C’est dans ce contexte qu’apparaît le mouvement Amish : les persécutions continuèrent jusqu’au XVIIIè siècle et entre 1693 et 1697 une partie de l’église Mennonite suisse (les Frères Suisses) se sépara du reste de la Communauté pour former le mouvement Amish. Cette communauté souhaitait préserver la discipline biblique au sein de la communauté. A partir de 1663, une partie émigra aux Etats-Unis pour échapper au militarisme européen et préserver la foi des ancêtres!
dans un pays neuf aux perspectives économiques attrayantes : ils s’établirent au nord des Etats-Unis, en Pennsylvanie, et se lancèrent dans l’agriculture avec succès.


1. Quelle est la valeur symbolique du schisme Amish ?

En 1693 un évêque suisse du nom de Jacob Amman se sépare des Frères Suisses Mennonites : ses successeurs ont été baptisés les Amish. Bien que les deux communautés se soient séparées, elles partagent de nombreux points communs : elles ont les mêmes croyances en ce qui concerne le baptême, la non violence et les doctrines bibliques fondamentales. Cependant elles diffèrent en matière de vêtements, de technologie, de langue, de façon de travailler et d’interprétation de la Bible.

D’après l’historien Eli Gingerich, dans ses écrits de 1978, il y a sept domaines au centre de la controverse entre les Mennonites Suisses et les Amish qui ont poussé au schisme entre 1693 et 1697 :
· la communion deux fois par an
· l’habitude de laver les pieds d’autrui comme rite religieux
· le fait d’isoler et d’éviter un membre de la communauté excommunié ou puni
· s’en tenir à une discipline communautaire très stricte
· die Treuherzigen : le problème de savoir si oui ou non les « justes » étaient protégés
· les codes vestimentaires
· les codes concernant la coiffure

Gingerich explique plus loin que « ni l’un ni l’autre des deux parties ne voulait céder. Chacune était déterminée. Aucune ne voulait admettre la possibilité de se tromper ou d’échouer. Il s’est avéré qu’il était impossible de communiquer pour mieux comprendre l’autre partie. Les deux Eglises ne se sont jamais retrouvées. »

En fait ces sept domaines ou points de dispute ne suffisent pas d’après d’autres auteurs à expliquer le schisme : il y avait déjà au sein de l’Eglise Mennonite Suisse une littérature « proto-Amish » identifiée comme telle par Nikolaus Wüthrich en 1807 et par Christian Plank qui faisait partie du cercle d’intimes de Jacob Ammann mais avait quitté le groupe Amish. En fait ces auteurs démontrent qu’il faut remonter à Simon Menno, le fondateur du mouvement Mennonite pour expliquer la controverse sur deux points fondamentaux précédemment cités : l’isolement d’un excommunié ou d’un puni et les Treuherzigen.

· L’isolement physique : d’après Wüthrich , il est impossible de considérer l’isolement physique que pratiquent les Amish et que contestaient les Mennonites comme étant fondé du point de vue biblique par l’apôtre Paul. Tout remonte donc à Menno lui-même. Gingerich explique ainsi que cet isolement physique date en fait de 1555 : Leenaert Bouwens a établi cet isolement pour punir les personnes nocives au reste de la communauté. Cet isolement se fait entre toutes les catégories de personnes : les enfants sont séparés de leurs parents, les épouses de leur mari ... Cependant cette mesure fut contestée par une femme qui refusait d’être séparée de son mari : en conséquence, Menno lui-même lutta contre cette sévérité. En 1693 lorsque Jakob Ammann essaya de réintroduire l’isolement physique dans la communauté suisse Mennonite, il reçut l’appui des plus traditionalistes et conservateurs qui favorisèrent le schisme.

· Les Treuherzigen : c’est le deuxième point important de la controverse Mennonites/Amish. Littéralement les Treuherzigen sont ceux dont le coeur est fiable, fidèle ou loyal. Ils sont parfois appelés les Anabaptistes partiels. En fait ce sont ceux qui restent avec